Résumé
Cet article analyse le geste politique et esthétique de Videotracts for Palestine, collectif né sur Instagram en novembre 2023 dans le contexte de l’offensive israélienne à Gaza. Héritiers des ciné-tracts de 1968 et plus largement du cinéma militant international, ces très courts films anonymes mobilisent aussi les outils numériques contemporains et produisent ce que l’on pourrait appeler une contre-visualité de résistance. L’étude met en évidence la manière dont le collectif s’inscrit dans une tradition d’images comme armes de lutte tout en inventant ses propres formes, façonnées par la circulation massive permise par Internet et les réseaux sociaux. Les vidéotracts déconstruisent les représentations hégémoniques tout en réinscrivant des fragments de réalité palestinienne absents de l’espace médiatique dominant. Le montage y occupe une place centrale : il devient un geste heuristique de mise en relation, un mode d’engagement affectif (pathos, attraction) et un vecteur possible d’action et d’éthique. Ces films se définissent par une esthétique hétérogène – entre ironie grinçante, poéticité, rage et onirisme – mais convergent vers une même finalité : faire image là où ne circulent que des visuels clos, ouvrir ainsi un espace de visibilité, de reconnaissance et de lutte.
