Résumé
L’émergence de l’intelligence artificielle (IA) dans les professions de la traduction et de l’interprétation soulève une interrogation fondamentale : assiste-t-on à une disparition programmée de l’expertise humaine ou à une reconfiguration de ses formes dans le cadre d’une coopération renouvelée entre l’humain et la machine ? Cet article propose une lecture philosophique et technocritique de cette mutation en mobilisant les réflexions de Luciano Floridi, Hans Jonas et d’autres penseurs sur la responsabilité, l’éthique du numérique et la place de l’humain dans les systèmes technologiques appliqués aux professions langagières. Il défend l’idée d’une complémentarité féconde entre intelligence humaine et intelligence artificielle, fondée sur la revalorisation des compétences réflexives, éthiques et créatives. L’analyse s’appuie également sur l’expérience pédagogique de l’École de traducteurs et d’interprètes de Beyrouth (ETIB), qui a fait de la littératie technologique un axe central de son projet académique. À travers une progression structurée, les étudiants y sont formés à comprendre les technologies, à les interroger de manière critique et à coopérer avec elles de manière réfléchie, afin de devenir des acteurs responsables de la transition numérique des professions langagières.
