Résumé
L’historien, tout comme le philosophe, connaît désormais la nécessité de ce qu’Arlette Farge nomme le « goût de l’archive » : le plaisir de travailler avec elle, mais aussi les affects qu’elle suscite – son odeur, sa texture, sa couleur… Toutefois, le recours aux archives n’a pas toujours été évident ni consubstantiel à la pratique de la philosophie et de l’histoire, ces disciplines se limitant souvent aux écrits philosophiques antérieurs à partir desquels le philosophe pense, médite, critique et élabore sa théorie.
Nous nous proposons de penser à nouveaux frais la question de la « mémoire collective » telle qu’élaborée par Maurice Halbwachs, afin de concevoir ce que nous appellerons une « mémoire sociale », ou ce que Michel Foucault a appelé une « mémoire populaire ».
Qu’est-ce que faire mémoire du social, loin de la grande Histoire, c’est-à-dire une mémoire qui vise à sauver de l’oubli une certaine histoire populaire ? Pouvons-nous penser la mémoire, non pas comme une collection de lieux et d’objets de mémoire, mais comme une puissance toujours vivante et active, sur laquelle la société peut s’instituer et s’émanciper ? L’écriture d’une mémoire sociale est-elle la possibilité d’échapper à l’amnésie collective ?
En somme, faire la mémoire du social n’est-ce pas faire l’histoire des oubliés de l’histoire ? Il s’agira de parcourir les écrits pratiques et théoriques de Michel Foucault, d’Arlette Farge, de Jacques Rancière et de Nicole Loraux, attachés à la question de la restitution d’une mémoire sociale, populaire et émancipatrice.
En nous appuyant aussi sur l’anthropologie de la mémoire, nous interrogerons la question de l’amnésie collective, de l’oubli et de l’effacement, vis-à-vis du travail de l’historien archiviste œuvrant à sauver et à restituer ce que « l’histoire monumentale » (que critiquait Nietzsche) a souvent laissé sur le bas-côté, voire effacé.
