Résumé
Si le délire semble s’opposer à la raison, il en prend les apparences en construisant une logique qui lui est propre. D’un point de vue psychanalytique, le délire, qui invente une réalité autre, est le résultat d’une tension entre principe de plaisir et principe de réalité. Paradoxalement, si la psychanalyse permet de penser la folie, c’est parce qu’elle part d’un présupposé rationaliste. Raison et folie ne s’opposent pas toujours, et fonctionnent plutôt comme un couple où l’un adopte les traits de l’autre. Ainsi, le délire, celui de Don Quichotte par exemple, suit une certaine logique qui s’enracine dans le principe de plaisir du sujet délirant. D’autre part, la raison, lorsqu’elle ne respecte pas les limites imposées par la réalité, peut entrer dans une motion délirante. Du moins est-ce l’interprétation que nous proposons ici de ce que Kant appelle les Idées de la raison pure. Nous discuterons l’intrication entre raison et délire en nous appuyant sur Spinoza, Freud, Lacan et la Critique de la raison pure de Kant.
