Résumé
Cet article aborde les représentations et autoreprésentations des relations non normatives masculines dans le cinéma libanais, en les situant dans un paysage médiatique plus large marqué par les stéréotypes, la censure et les discours de visibilité produits par les ONG. Si le Liban est souvent décrit, dans les récits occidentaux, comme une exception libérale au sein du monde arabe, cette image masque les inégalités structurelles et les fractures discursives qui conditionnent la visibilité des sexualités marginalisées. En s'appuyant sur les approches interdisciplinaires des études queer, des théories des médias et des études féministes, l'article retrace l'évolution de ces représentations, des premières figures télévisuelles nationales, comme celle de Coucou à la fin des années 1970, jusqu'aux productions cinématographiques indépendantes les plus récentes. L'analyse met en lumière la manière dont les médias reproduisent des représentations codées et stéréotypées des relations masculines du même sexe, tandis que le cinéma indépendant propose des contre-discours fondés sur le refus, la fragmentation et l'opacité affective. L'implication des ONG dans la construction du discours LGBT est interrogée à travers une lecture critique des modèles d'identité occidentalisés (Massad) et de l'« orientalisme fractal » développé par Moussawi. Ces lectures croisées montrent que le cinéma queer libanais échappe aux récits homogénéisants de la politique identitaire, en articulant au contraire un ensemble de négociations entre cadres locaux et globaux. L'analyse porte sur quatre films : Libertad Beirut (Raad, 2018), Mondial 2010 (Dib, 2014), Eccomi Eccoti (Rafei, 2017) et Chronic (Sabbah, 2017) où se négocient le désir, la visibilité et la résistance. En envisageant le cinéma comme un espace de lutte politique, l'article explore la manière dont le désir non normatif est construit, limité puis réimaginé, plaidant pour une approche intersectionnelle et postcoloniale de l'analyse des médias, attentive à la fois aux représentations et à leurs zones d'ombre.
