L'« erinnerung », ou le pouvoir du ressouvenir face à la déchirure du monde

Mots-clés

Hegel
Barbarie
Mémoire
Histoire
Erinnerung

Comment citer

DREIDEMIE, G. (2026). L’« erinnerung », ou le pouvoir du ressouvenir face à la déchirure du monde. InteraXXIons, (5). Consulté à l’adresse https://journals.usj.edu.lb/interaxxions/article/view/1583

Résumé

Dans son ouvrage Phénoménologie de l'esprit (1807), Hegel développe le concept d'Erinnerung, que nous pouvons traduire par ressouvenir. En nous appuyant sur une analyse textuelle des passages de la Phénoménologie et de l'Encyclopédie consacrés à la mémoire, et en les confrontant à plusieurs lectures contemporaines (Bouton, Souche-Dagues, Mabille), nous examinons la fonction conceptuelle de l'Erinnerung et sa portée anthropologique. L'explicitation de ce concept marque un jalon fondamental dans la réflexion hégélienne sur la mémoire. La Phénoménologie de l'esprit, en tant qu'odyssée de la conscience, se présente comme le récit du cheminement de l'esprit et de sa progressive confrontation avec le monde. Dans l'ensemble de ce cheminement, qui le mènera au « savoir absolu », l'esprit se souvient des obstacles franchis et garde l'Histoire en mémoire. Cette mémoire de l'Histoire est garante de notre dignité spirituelle. Face à la barbarie du monde, le « devoir de se ressouvenir » n'est pas la seule arme. En effet, une « vigueur spirituelle », dionysiaque, est la seule force digne de faire face à la vacuité du monde. Hegel nous amène à nous élever à cette dignité, en renforçant le caractère dionysiaque de l'esprit. Nous parvenons à la conclusion suivante : face au nihilisme et au désenchantement, le ressouvenir du fond dionysiaque du monde est la voie hégélienne- puis nietzschéenne- d'un réenchantement.